jeudi 29 avril 2010

FLYING LOTUS Cosmogramma

Le producteur originaire de Los Angeles est de retour avec un troisième opus, après «1983» en 2006 et «Los Angeles» en 2008. Alors que l'on avait déjà pu apprécier sa griffe si particulière sur ses précédents projets, mais aussi sur celui de son pote mystique Gonjasufi (dont il a produit deux titres), il nous gratifie aujourd'hui d'un «Cosmogramma» des plus ambitieux.

Optant pour une direction artistique à la hauteur de son talent, Steve Ellison (de son vrai nom) a donc décidé de faire voler en éclats les carcans bien trop étroits d'un genre que l'on définit, faute de mieux, comme de l'abstract hip-hop. Petit-neveu d'Alice Coltrane, il laisse désormais parler son héritage et s'exprimer sa fibre jazz. Tout ceci étant également rendu possible par la collaboration de musiciens confirmés, comme le bassiste Stephen «Thundercat» Brune (Young Jazz Giants), le trompettiste Todd Simon, le saxophoniste Ravi Coltrane (qui n'est autre que son cousin) ou la harpiste Rebekah Raff) qui participent à l'album, Ellison se positionnant en véritable chef d'orchestre.

L'autre option majeure de ce «Cosmogramma», c'est cette volonté d'ignorer les formats classiques, les morceaux (ne dépassant pas deux minutes pour la plupart) s'imbriquent pourtant aisément les uns aux autres pour former un canevas sonore des plus cohérents. Le disque s'écoute et se savoure dans son ensemble, et il serait vain de s'évertuer à vouloir extirper une pierre de cet édifice. On s'attardera cependant tout de même sur les formats les plus longs de l'album. A commencer par le riche et complexe «... And The World laughs With You» et sa rythmique syncopée qui une fois apaisée, accueille en son sein la voix de Thom Yorke, discrète mais nous gratifiant au passage d'une jolie ritournelle mélodique. Grand fan du label Warp, le chanteur de Radiohead est l'un des deux invités vocaux du disque, Laura Darlington intervenant sur l'aquatique «Table Tennis». On retiendra également l'irréristible «Do The Astral Plane» et sa touche deep-house (école Moodyman), qui débute dans une quasi aridité pour finir arrosée de cordes. De même que le délicatement hypnotique «Satelllliiiteee», ou un «Recoiled» tantôt free-jazz tantôt battle amicale entre beats et harpe.

Flying Lotus confirme largement ici tout le bien que l'on pensait déjà de lui, en enrichissant qui plus est sa palette de nouvelles nuances jazzy, ce qui devrait d'ailleurs lui faire rencontrer une audience élargie. Et Warp peut (une nouvelle fois) se targuer d'avoir repéré et signé ce prodige, qui peut être considéré comme le DJ Shadow du XXIème siècle.
Cédric B
8/10



Sortie prévue le 03/05/10
(Warp/Discograph/Wagram)

http://www.flying-lotus.com/
http://www.myspace.com/flyinglotus

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chroniques-electroniques

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samedi 24 avril 2010

FORTUNE Staring At The Ice Melt (Chronique + Photos de concert)


Ce trio hexagonal ne sort pas, contrairement à ce que certains pourraient croire, de nulle part. Composé de Lionel Pierres, un ancien Abstrackt Keal Agram (duo formé en compagnie de Tanguy Destable connu sous le nom de Tepr, auteur de son côté de deux albums solos), ainsi que de Hervé Loos et Pierres Lucas (issu de la scène house et hip-hop), ces messieurs ont bien su s'entourer pour ce premier opus (des membres de Poni Hoax, Hopper ou Tahiti Boy & the Palm Tree Family leur ont ainsi prêté main forte).

Ce qui frappe ici d'emblée, c'est cette impressionnante maturité, dévouée à la cause d'une écriture pop. «Under The Sun», qui ouvre le bal avec sa production très électronique, nous prend instantanément par la main, nous invitant à pénétrer l'univers du groupe, dont on ne saura éviter l'évidente comparaison avec leurs cousins versaillais de Phoenix. Grand fan de Sonic Youth, Lionel Pierres se lache désormais véritablement au chant, après avoir mis sa voix entre parenthèses pendant des années sur son précédent projet. Tandis que «Gimme» sombre parfois un peu trop dans la facilité, «Bully» (utilisé en Anglerre pour un spot publicitaire) fait s'envoler tous les doutes dès le troisième titre. Ce tube imparable est un véritable hymne pop à l'anglo-saxonne, comme savent désormais en concocter nos frenchies. Fortune possède d'ailleurs à ce propos une insolente facilité à dégoter des mélodies. Ce «Staring At The Ice Melt» est truffé de pop-songs puisant dans l'héritage des eighties, comme sur «At Night» et son gimmick entêtant façon Visage, ou sur un «Poison» que n'aurait pas renié Robert Smith. On appréciera également le funky «Celebrate» et l'enjoué «Highway», parfait pour conduire une nuit d'été.

Délicat exercice que celui de contourner et d'éviter les nombreux et trop faciles jeux de mots relatifs au nom du groupe. On se contentera simplement de leur souhaiter une trajectoire peut-être pas à la Phoenix (même si ces derniers ont du attendre leur dernier album pour enfin devenir prophètes en leur pays), mais en tout cas au moins similaire aux surestimés Pony Pony Run Run, qu'ils surclassent ici assez largement.
Cédric B
7/10

Paru le 05/04/10
(Disque Primeur)

http://www.f-o-r-t-u-n-e.com/

http://www.myspace.com/ilovefortune

Music video "Bully" Fortune from GLG on Vimeo.




FORTUNE (+TEPR & WIZESTAR) @ Trinitaires (Metz, 23/04/10)



Wizestar ( http://www.myspace.com/wizestar )



(photos Seb Grisey)

(merci à toute l'équipe des Trinitaires)

mardi 20 avril 2010

CARIBOU Swim



Le troisième opus de Daniel Victor Snaith, plus connu sous le nom de Caribou (deux autres étaient précédemment sortis sous celui de Manitoba) synthétise le meilleur des musiques électroniques de ces dernières années. Dans un monde parfait, il dépasserait logiquement le cadre du cercle (pourtant de plus en plus grand) des initiés.

Sur son précédent album «Andorra», le canadien avait déjà largement ouvert ses fenêtres à la pop et au psychédélisme. Une fois cette nécessaire (et pour le moins inspirée) mue opérée, il peut désormais revoir ses ambitions encore à la hausse, et atteindre ainsi avec «Swim» une qualité de pop électronique inédite. L'inusable «Odessa» (maxi sorti au mois de février) défie le norvégien Erlend Oye sur ses terres pourtant bien balisées au moyen d'un joyau d'electro-pop à la richesse rythmique déconcertante. Ce soin d'orfèvre apporté aux rythmiques en général, parfaitement illustré sur «Sun», est en grande partie le fait d'une formation initiale de percussioniste et de batteur. Les prestations scéniques de Caribou voient souvent le canadien s'installer aux commandes d'une des deux batteries qui en forment généralement le dispositif. La part belle est également faite à la pop et les mélodies de Daniel Victor Snaith, dont la voix est subtilement placée en léger retrait, comme sur un «Kaili» monté sur une structure squelettique et des nappes de synthés 80's qui finit vrillé sous des cuivres façon free-jazz. Plus encore sur «Found Out», pur chef-d'oeuvre d'électronique organisant la rencontre d'Autechre, de Hot Chip et (à nouveau) de Erlend Oye (avec qui la similitude vocale est décidement troublante), tandis que «Bowls» ressuscite de son côté la house classieuse et aérienne de Motorbass pour l'expédier dans les Alpes autrichiennes se faire sonner les cloches par Pantha du Prince.

Chacun des neuf morceaux de «Swim» fourmille d'une inventivité permanente. Les structures rythmiques, minimales mais néanmoins luxuriantes, se chevauchent, se superposent ou se dérobent, sachant précisément lorsqu'elles doivent se transposer en écrin prompt à accueillir une voix, alors proche et distante à la fois. Le tout est aussi limpide et implacable qu'une formule scientifique, et l'on donnerait bien volontiers un prix Nobel à ce Docteur en mathématiques pour le récompenser et surtout le remercier de ses recherches et trouvailles.
Cédric B
8,5/10


Paru le 19/04/10
(Coopérative Music/PIAS)

http://www.myspace.com/cariboumanitoba
http://www.caribou.fm/

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Deux morceaux en écoute dans le lecteur

jeudi 15 avril 2010

KIT : Photos de concert

KIT @ Trinitaires (Metz, le 10/04/10)

Les parisiens de KIT le 10 avril dernier à l'occasion de l'excellente soirée anniversaire "Personne Records One Year".




(photos : Seb Grisey)

(merci à l'équipe des Trinitaires)

dimanche 11 avril 2010

MGMT Congratulations


Les deux membres de MGMT, Ben Goldwasser et Andrew VanWyngarden, icônes (malgré eux?) de la hype , ont pris le parti de casser leurs jouets, de renier quasiment tout ce qui avait fait leur gloire suite au succès planétaire de «Oracular Spectacular». Tandis que le débat fait rage et que la blogosphère s'agite dans tous les sens à ce sujet, le moment est venu d'étudier le cas épineux du second album du duo de Brooklyn, «Congratulations».

Alors que la pochette de leur premier album (ainsi que leur look) les avait propulsé modèles de coolitude, faisant d'eux les vitrines d'une tendance hippie-chic, celle du nouveau, pas franchement des plus réussies, semble rendre hommage au retro-gaming. Une volonté de brouiller les pistes d'emblée, le visuel choisi n'ayant que peu de rapport avec le psychédélisme ambiant.

Passée l'étape d'une première écoute forcément sceptique, on sent rapidemment qu'il se passe quelque chose. Est-ce le capital sympathie que l'on accorde au groupe (à peine érodé par des prestations scéniques pourtant plus que décevantes) qui nous pousse à creuser dans cette direction, à écouter et ré-écouter ce disque (en écoute intégrale ici), et ce malgré des premières réactions bien souvent négatives? Toujours est-il que le jeu semble en valoir la chandelle, eu égard au cheminement embrassé.

Cette volonté de faire table rase d'une insolente immédiateté pop (couplée à la qualité inouïe de la production de Dave Friedmann, présent ici uniquement au mixage puisque l'album est produit par Sonic Boom) illustre un choix artistique fort (mais pas forcément planifié). Le choix d'une accroche mélodique moins spectaculaire qu'insinueuse se profile dès «It's Working», qui évoque la pop 60's californienne (Beach Boys et The Mama's & The Papa's), tandis que c'est la pop britannique (on pense par moments aux Babyshambles) qui est convoquée sur «Song For Dan Treacy», en version plus musclée sur l'inapproprié de part son titre mais au demeurant sympathique «Brian Eno». «Someone's Missing» et son refrain qui éclot tardivement, pour finir noyé sous la réverb, précède le premier extrait de l'album, «Flash Delirium», morceau foutraque, glam et baroque organisant la rencontre entre David Bowie et Of Montreal.
«Siberian Breaks», long de ses douze minutes, part dans différentes directions, explorant des pistes intéressantes, sans toutefois posséder de réel fil conducteur, de cohésion mélodique d'ensemble. On comprend d'ailleurs mal ce choix, car le morceau eut tout aussi bien pu être divisé en trois ou quatre titres distincts. De son côté, «I Found A Whistle» rappelle par contre les morceaux moins inspirés du précédent album, tandis que «Lady Dada's Nightmare» annonce entre rêve et cauchemar la fin du voyage, l'équipage nous remerciant de les avoir choisi sur le titre éponyme.

Nous fûmes au préalable prévenus, les tubes rangés au placard, ce «Congratulations» est bien un disque qui s'appréhende dans son intégralité. Il célèbre une pop britannique qui serait pimentée par le psychédélisme des Flaming Lips. La démarche de MGMT est risquée mais plutôt courageuse et dénuée de passéisme, se révélant plus sincère que cynique. Et même si tout n'y est pas parfait, et que les kids risquent fort de devoir ranger leurs Wayfarer multicolores, on adhère volontiers à cette évolution, qui préfigure une carrière tout sauf éphémère.
Cédric B
7,5/10


Sortie prévue le 12/04/10
(Sony)

http://www.whoismgmt.com/fr/home
http://www.myspace.com/mgmt




lundi 5 avril 2010

ANGUS & JULIA STONE Down The Way



Sur le papier, l'histoire de ces deux-là paraît trop belle pour être honnête. Frère et soeur dans la vie, les australiens publient leur second album (après «A Book Like This» sorti en 2007 et rencontrant à priori un beau petit succès, notamment en Angleterre) empreint d'un folk des plus délicats.

Originaires de Newport, près de Sydney, ils partent cette fois à la conquête du monde avec ce «Down The Way», qui a, faut-il l'avouer, tout pour plaire. Dont de nombreuses et nobles armes, parmi lesquelles deux se distinguent d'emblée : leurs voix. En effet, celles-ci se répondent moins qu'elles se relaient sur de jolies pièces folk, paisibles et accoustiques, pouvant se faire plus orchestrées grâce à l'apparition d'un violon, ou de guitares distillant savamment quelques grammes d'électricité ici et là. La voix de Julia se veut fragile et regardant clairement vers l'enfance (elle joue du reste beaucoup sur cette corde), empruntant même par instants la posture des soeurs Casady de CocoRosie, tandis que celle de son frère Angus laisse quant à elle transparaître une fissure plus subtile, doublée d'une mélancolie à fleur de peau. «For You» est une invitation faite par Julia à la rejoindre dans son univers, où sa voix y gagne d'ailleurs à s'aventurer dans les graves. Alors que deux titres, à l'efficacité imparable, s'extirpent facilement de la melée. «Black Crow» d'abord , où Angus promène sa voix légèrement trainante, pendant que celle de sa soeur l'accompagne, tout en lui faisant écho. Et bien sûr l'énorme «Big Jet Plane», morceau parfait saupoudré de guitares épurées et de cordes raffinées qui devrait en faire chavirer pas mal. Sensualité et minimalisme sont ici au rendez-vous, une recette gagnante utilisée par ailleurs avec bonheur l'an dernier par leurs cousins anglais de The XX. Malheureusement, certains titres évoluent un cran en dessous, et ne parviennent pas à éviter un sentiment d'indifférence voire parfois d'ennui.

Un disque qui en réalité pourra toucher autant qu'agacer (voir les deux dans mon cas), peut-être du fait d'une certaine abondance de bons sentiments et d'un maniérisme pas toujours controlé, mais qui devrait séduire un public français ayant déjà largement succombé à d'autres duos gentillement surestimés...
Cédric B
6,5/10



Sortie prévue le 12/04/10
(Discograph/Wagram)

http://www.angusandjuliastone.com/
http://www.myspace.com/angusandjuliastone

Deux morceaux en écoute dans le lecteur

jeudi 1 avril 2010

ACID WASHED S/t



Découverts à la fin de l'année dernière avec leur obsédant maxi «Snake», et après avoir remixé le mythique «L'amour et la violence» de Sébastien Tellier, ce mystérieux duo (composé de Richard d’Alpert et de Andrew Claristidge) passe désormais au long format sur Record Makers, un label toujours aussi exigeant dans ses choix artistiques.

Le premier morceau de l'album, «General Motors, Detroit, America» (qui figurait déjà sur le maxi) est des plus explicite à ce sujet, tant le groupe s'inscrit dans une démarche artistique de relecture, cependant entièrement dénuée de toute intention caricaturale. Débarque alors la machine à danser «Snake», propulsée par des turbines proto-house et pilotée par Barbara Panther, berlinoise à la voix féline, aux commandes du bolide. On embarque ensuite pour un trip hypnotique mâtiné de nu-disco tendance DFA (percus délicates et violon discret) avec un «Change» sous parrainage Giorgio Moroder, pendant qu'un aller simple pour la «Motor City» nous est proposé sur «Concorde in the sunrise». Synthés 80's et violons disco sont convoqués sur le morceau éponyme, tandis qu'une electronica enchanteresse fait son apparition sur «Bikini Atoll». Clin d'oeil pop sur «Apply» (qui reprend étrangement le beat du «Fix Up, Look Sharp» de Dizzee Rascal), electro légèrement plus dark sur «Snows Melt» (avec la participation de la française Lippie), ou clin d'oeil funk avec la reprise d'un classique du genre («The Rain»), l'inventivité demeure au rendez-vous et toute tentative hagiographique se voit rapidemment écartée.

Entre hommage aux pionners de la techno et revival disco, c'est un véritable voyage électronique qui nous est ici proposé.
Cédric B
7/10

Paru le 29/03/10
(Record Makers/Discograph)

Plus d'infos sur le site de Record Makers

Un morceau en écoute dans le lecteur