lundi 9 août 2010

EUROCKEENNES - Dans le public...

Texte & Photos : Seb Grisey

Un festival n'est rien sans son public. Le festival c'est la cour des miracles où le quotidien s'envole chassé par les décibels, balayé par un vent de liberté.

Bigarrée, drôle, excitée, ivre, amicale ou fatiguée, la scène publique compte autant que celle des artistes.

Des visages et des instants saisis sur le vif.


jeudi 5 août 2010

KELE The Boxer

Après une apparition fracassante en 2004 sur l'échiquier indie, et un premier album majeur en 2005 (Silent Alarm), Bloc Party sort ensuite deux disques plus difficiles d'accès mais tout aussi ambitieux (A Weekend In The City en 2007 et surtout Intimacy en 2008).

Chanteur et guitariste du groupe, leader à la personnalité marquée, Kele (de son vrai nom Kelechukwu Rowland Okereke), dont la voix rappelle souvent celle de Robert Smith, ressent ces derniers temps le besoin de mettre entre parenthèses une vie de groupe parfois tendue et conflictuelle, pour s'atteler à un projet solo qui lui tient à coeur, davantage tourné vers l'électronique.

Autant le dire tout de suite, malgré les bonnes intentions et la présence de XXXChange de Spank Rock à la production, ce disque est une énorme déception. The Boxer débute pourtant plutôt pas mal, avec un Walk Tall assez efficace et original (sonorités oscillant entre scie electro et grosses compressions limite putassières). Unholy Thoughts, à la forte parenté Bloc Partienne, survit également à ce qui s'apparente à un marasme. D'autres morceaux rappellent ceux du groupe, mais dans le meilleur des cas des faces B ou des chutes de studios (Everything You Wanted ou Yesterday's Gone). Tenderoni, le premier single de l'album, ne convainc que par instants, jusqu'à un refrain abominable. On navigue dès lors le plus souvent entre ennui (Other Side, New Rules ou All The Things I Could Never Say), vaine tentative d'investissement de la sphère électronique (un Rise à la production singeant Fischerspooner), voir carrément verrue suintante (On The Lam, entre horreur eurodance et UK garage régressive).

Sur la pochette de son album solo, Kele pose assis sur un ring de boxe, muscles saillants et corps huilé. Pour ceux qui n'auraient pas saisi la métaphore, le garçon revendique clairement vouloir muscler son jeu. Le problème étant que tout cela demeure au rang des promesses, car The Boxer, à trop vouloir partir dans toutes les directions, s'égard totalement. Allez Kele, arrête un peu la gonflette et va faire la paix avec ta guitare s'il te plaît...
Cédric B
4/10



http://www.iamkele.com/
http://www.myspace.com/iamkele

Chronique à lire également sur Branchetonsonotone

Deux morceaux de The Boxer en écoute dans lecteur

samedi 17 juillet 2010

M.I.A. /\/\ /\ Y /\

La première irruption de la tornade tamoule remonte à 2005, avec Arular (du prénom de son père) qui contenait alors des bombes comme Galang, Sunshowers ou Bucky Done Gun. Son style, mélange frais et explosif d'electro, de grime, de baile-funk et de samples de musiques indiennes ou sri-lankaises. M.I.A se distingue également par un univers visuel cheap et bariolé (elle a fait les beaux-arts à Londres) et des thèmes militants et engagés (l'héritage d'un père révolutionnaire).

En 2007, Kala (du prénom de sa mère) succède au premier opus, avec des singles toujours aussi impressionnant (Boyz, Jimmy ou Paper Planes). Ce dernier titre figure sur la bande originale du multi-oscarisé Slumdog millionnaire, conférant dès lors à la londonienne un nouveau statut, et de nombreuses sollicitations de la part de rappeurs américains (Kanye West, T.I.). Alors que ces derniers temps, les polémiques ont pris le dessus sur la musique, son troisième album (qui porte son nom, Maya) vient tout juste de sortir.

L'affaire ne débute plutôt pas mal, avec un Steppin Up guerrier et bruitiste, sur lequel vient se greffer claps et guitares, auquel succède un premier single en forme de sucrerie sonore, résolument plus pop qu'à l'accoutumée (XXXO). Mais les choses se gâtent rapidemment, et l'on va à partir de là naviguer entre médiocrité et ratage avéré. Plusieurs morceaux ressemblent à des faces B, pas entièrement ratés mais manquant cruellement de saveurs, ces épices auxquels elle nous avait habitué. C'est le cas de Lovalot, sur lequel elle semble vouloir régler des comptes («I really love a lot, but I fight the one that fight me»), du molasson Story To Be Told ou de It Takes A Muscle (reggae sous auto-tune chargé à l'hélium). On ne sait quoi penser de Born Free, premier extrait qui avait fait monter le buzz il y a trois mois avec un clip ultra violent (les grosses ficelles de Romain Gavras), et qui ne serait pas grand chose sans son sample du Ghost Rider de Suicide. Ni de Meds And Feds, toutes guitares dehors et gros beat hardcore qui tâche. M.I.A. convoque ici une énergie primaire qui s'avère souvent vaine. Et tandis que l'on flirte avec une douce médiocrité sur Tell Me Why ou Space, on atteint carrément le grand n'importe quoi sur Teqkilla, avec ses insupportables sirènes.

Aux manettes de ce troisième album, on retrouve la même équipe de producteurs que précédemment (M.I.A. aidée de Rusko, Switch, Blaqstarr et Diplo). Mais cette fois, la sauce ne prend quasiment jamais, et ce /\/\ /\ Y /\ s'avère plus que décevant. A croire que la tigresse tamoule s'est récemment davantage préoccupé de répondre aux attaques via Twitter (une journaliste du New York Times ayant mis en avant dans son article un éventuel décalage entre les propos engagés de l'artiste et son mode de vie désormais luxueux), en oubliant malheureusement de le faire par l'intermédiaire de son talent et sa musique.
Cédric B
4,5/10




Sortie le 13/07/10
(XL Recordings/Naive)

http://www.miauk.com/mayaaspect/
http://www.myspace.com/mia

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M.I.A, Born Free from ROMAIN-GAVRAS on Vimeo.

Deux morceaux de /\/\ /\ Y /\ en écoute dans le lecteur (en bas de la liste)

mardi 13 juillet 2010

THE DIVINE COMEDY Bang Goes The Knighthood

Quelle que soit la saison ou l'humeur du moment, on retrouve souvent avec ravissement une nouvelle aventure de The Divine Comedy, sans forcément s'y précipiter mais en succombant généralement à la grâce ambiante. Neil Hannon, tête pensante (mais également auteur-compositeur et interprète) de ce monument de pop élégante et orchestrée, a sorti fin mai son dixième album, un an après celui du projet parallèle The Duckworth Lewis Method (un curieux concept-album consacré au cricket).

En toute franchise, j'ai n'ai pour ma part pris le train en marche qu'assez tardivement, à partir de 2004 et Absent Friends. La pop de l'irlandais était certainement trop classieuse et délicate au milieu des années 90 pour des oreilles qui préféraient alors les expérimentations des savants fous de Bristol ou ceux d'une bande de ninjas armés de shuriken vocaux en provenance de Staten Island.

Down in the Street Below figure une parfaite entrée en matière, nous ouvrant les portes de la demeure de Lord Hannon, avant qu'un vent de cordes ne s'engouffre par une fenêtre entr'ouverte. The Complete Banker, dont le refrain se décline sur une note enjouée, brosse ensuite un portrait au vitriol d'un trader britannique, et, à travers lui, se paie l'ultra-libéralisme anglais au passage. Des morceaux comme l'estival Neapolitan Girl ou l'insouciant At The Indie Disco peuvent être rangés de même dans cette catégorie, alors que c'est sur Broadway qu'il nous invite sur Can You Stand Upon One Leg. Mais c'est dès lors qu'il investit la gravité que notre crooner brille davantage. Le titre éponyme de l'abum diffuse ainsi une somptueuse mélancolie, tout comme le poignant When A Man Cries arracherait quelques larmes au plus coriace des hooligans. Au coeur du disque, les sixties sont convoquées sur le beau Have You Ever Been In Love ?, une chanson que n'aurait sûrement pas reniée Frank Sinatra.

Neil Hannon a bâti au fil des années un univers aussi personnel qu'universel, qu'il a patiemment su consolider et renouveler. Ce Bang Goes The Knighthood fait la part belle, plus qu'à l'accoutumée, à une certaine forme de légèreté, matinée d'un sens accru de la dérision, à l'image de sa pochette. Il est ce chroniqueur urbain, conteur moderne affuté, ce dandy gardien de valeurs qui se meurent (The Lost Art Of Conversation), dans la lignée du grand Scott Walker dont il est le digne héritier. L'irlandais, très attaché à la France qui d'ailleurs le lui rend bien, propose par ailleurs en bonus un disque de reprises de chansons françaises enregistrées en 2008 lors d'un concert à la Cité de la Musique.
Cédric B
7,5/10




Paru le 31/05/10
(Divine Comedy Records/PIAS)

http://www.thedivinecomedy.com
http://www.myspace.com/thedivinecomedy

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Esprits Critiques

Deux morceaux de Bang Goes The Knighthood en écoute dans le lecteur

vendredi 9 juillet 2010

EUROCKEENNES DAY 3 (dimanche 4 juillet 2010)

Textes : Cédric Botzung / Photos : Seb Grisey

Troisième et dernière journée du festival. Les new-yorkais d'adoption de The Drums tirent leur épingle du jeu malgré la difficulté d'être programmés en fin d'après-midi sur la Grande Scène, en plein cagnard. Le jeu de scène et la gestuelle travaillée (entre robot et pantin désarticulé) de Jonathan Pierce, qu'on avait déjà pu apprécier dans leurs clips, n'y sont pas pour rien.



Bien que jet-lagué et à prioris un peu malade, Le francophile et néo-californien chanteur des Strokes semble totalement à l'aise sans ses collègues, aidé il faut l'admettre par des musiciens puissants et pour le moins expérimentés. Le défi inhérent à cette configuration sera justement de se montrer à la hauteur, chose pas forcément évidente. Mais la coolitude de Julian Casablancas lui permet la plupart du temps de s'en tirer, que ce soit quand il évoque la fête nationale américaine ou lorsqu'il s'approprie un classique des Strokes.



James Murphy et sa clique déroulent leur electro-disco-punk toujours aussi fédératrice que dévastatrice sur scène, enflammant au fil d'un set incendiaire le public du Chapiteau à la base déjà totalement acquis à la cause de LCD Soundsystem.



Triomphe du trio normand sur la plus petite scène du festival devant un public qui dans son écrasante majorité découvre ce soir-là le groupe et son univers scénique et théatral combinant folk enfantin et sincère, hip-hop décalé et electro loufoque et punk. A tel point que Gablé revient sur scène pour un rappel, chose qui n'arrive pour ainsi dire jamais dans le cadre d'une programmation millimetrée de festival, acclamé alors par un public de plus en plus nombreux au fil du show.



Sur la scène de la Loggia, décoiffée de son chapiteau depuis l'année dernière, les californiens de Health balancent leur noise-electro...



... avant que Action Beat, puis les anglais de Fuckbuttons rivalisent de bruit dans la nuit belfortine. Le rouleau compresseur du duo britannique et son mur du son noise-techno ravage d'ailleurs tout sur son passage, pour notre plus grand bonheur mais un peu moins celui de nos tympans...



Les vétérans de Bristol sont les têtes d'affiche de cette dernière soirée. La dream-team est réunie, avec un 3D en véritable petit chef d'orchestre, Daddy G, Horace Andy le fidèle rasta, plus Martina Topley-Bird déjà à l'affiche en solo l'après-midi. Massive Attack envoi un son assez énorme, soutenu par un light-show au point, le concert idéal pour clore sereinement ces trois journées bien remplies.
A l'année prochaine...



(Merci aux Eurockéennes)