lundi 24 mai 2010

CRYSTAL CASTLES S/t (2)

Les deux canadiens avaient déboulé dans notre galaxie musicale il y a deux ans de cela avec un premier album éponyme fracassant, où les symphonies digi-punk (à base de sons 8-bits largement maltraités) composées par le velu Ethan Kath accueillaient les chants, cris et autres formes de hurlements d'Alice Glass, le plus souvent déformés voire torturés. L'énergie et la fougue qui s'en dégageait n'avaient alors d'égal que l'attitude totalement punk du duo, largement confirmée sur scène par ceux qui, hagards et en nages, ont eu la chance d'assister à un de leurs concerts et d'en sortir (presque) indemnes.

Volontairement en marge, optant pour un DIY qui se résume à tout sauf une pose, Crystal Castles fut aussi accusé d'avoir utilisé à la sauvage des samples et des visuels sans les déclarer. Et pour définitivement brouiller les pistes et ne pas avoir à rentrer dans le rang, ils ne donneront pas de titre à ce second album (à la pochette glauquissime représentant une jeune fille hagarde errant dans un cimetière), tout comme pour le précédent. La nouveauté, c'est qu'Alice Glass s'essaye désormais sur certains morceaux à un chant plus orienté pop, avec d'ailleurs plus ou moins de réussite. Le refrain de Celestica lorgne ainsi dangereusement vers l'univers d'une sorcière rousse bien connue, tandis que Not In Love se vautre dans une overdose d'effets (transformant sa voix en celle d'un Snorky). Pourtant on la suit volontiers lorsqu'elle accompagne une rythmique bien moins rapide qu'à l'accoutumée sur Year Of silence, ou lorsque Empathy nous la dévoile plus sereine, presque apaisée, Pap Smear se révélant de son côté le morceau le plus pop du disque. Mais Ethan n'a pas pour autant rangé ses vélléités au placard, à l'image d'un Fainting Spells plus violent que jamais en ouverture, ou du court Doe Deer, pure déflagration sonore à travers laquelle la voix d'Alice peine à transpercer un voile de confusion digi-punk. Baptism et Suffocation sont quant à eux deux étranges objets électroniques sur lesquels le groupe flirte avec le mauvais goût pour mieux le concasser. Le premier voit des saillies euro-dance passées à la moulinette entre les mains hostiles d'Ethan, alors que le second symbolise tous les paradoxes des canadiens, le chant doux et robotique d'Alice tranchant volontairement avec des claviers stridents qui viennent progressivement coloniser le refrain du morceau, ainsi que nos tympans.

Ce dernier titre résume à lui seul la formule Crystal Castles, cette touche reconnaissable entre mille, extrême et toujours borderline dans son positionnement. Le duo canadien maltraite notre ouïe, mais on aime toujours autant se vautrer dans ces sonorités eschatologiques. On devrait cependant se méfier de la nouvelle posture d'Alice, qui nous attire avec quelques friandises pour finalement mieux nous jeter dans la gueule de son loup de compère.
Cédric B
7/10




Sortie prévue le 24/05/10
(Universal)

http://crystalcastles.com/
http://www.myspace.com/crystalcastles

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Deux morceaux de l'album en écoute dans le lecteur (en bas de la liste)


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